Après s'être traîné de sa Corse natale jusqu'en khâgnes à Paris, Jacques Coltelloni a incommodé de sa présence les amphis de la faculté de philosophie durant cinq (inter)minables années. Il commence à sévir à la télévision en 1993, réalisant une entrée fracassante sur la désormais célèbre série «Hélène et les Garçons», où, ironie du scénariste sans doute, il incarne un étudiant... en philo, bien sûr! On croit rêver... Mais ce n'est pas tout. On le voit ensuite dans une pub allemande, montant à cheval comme une savate (on dit qu'il se serait même cassé la figure de son cheval aux pieds du producteur, pendant le tournage), puis dans un téléfilm retraçant l'histoire de l'Alsace de 1870 à nos jours (Les Alsaciens) avant de le retrouver, étudiant encore malgré son âge (il faut croire que les gens de la télé manquent de candidats pour figurer dans leurs films) dans une production relatant l'arrivée des Pieds Noirs en Corse, au début des années 60 (Les Déracinés).
Mais les prétentions de ce Rastignac de pacotille ne s'arrêtent pas là. Ayant entendu parler d'une école de scénaristes (le Conservatoire Européen d'Ecriture Audiovisuelle), il se lance dans l'écriture d'un scénario, bouclé en trois mois et heureusement jamais filmé, qui lui sert à forcer les portes du concours de cette vénérable institution. Nous sommes en 2000, Jacques Coltelloni, heureux comme un poisson dans l'eau, apprend les rudiments de la narration cinématographique, et commet un nouveau scénario, plate adaptation d'une nouvelle d'Oscar Wilde, qui lui vaut néanmoins d'être finaliste au Trophée CNC du Premier Scénario en 2001.
Cependant, Jacques Coltelloni est trop fainéant pour se battre en télévision ou au cinéma, et après avoir disparu des écrans comme acteur (à l'exception de quelques publicités où par compassion on le laisse encore jouer, au rang desquelles la plus récente, Brownies de Nestlé, où il lance un « c'est magique! » qui marquera l'histoire de l'art dramatique), il renonce bien vite à y figurer comme auteur. Non, ses ambitions vont beaucoup plus haut, maintenant. Le temps, loin de l'assagir de ses leçons, ne fait que muscler sa morgue: il se veut romancier. C'est là, dit-il, et là seulement, que peuvent s'épanouir les personnages qu'il crée, si l'on peut nommer personnages les pâles larves qui rampent misérablement au long de narrations dont le seul mérite est d'être comiquement brèves -notre écrivain n'a jamais réussi à dépasser les 100, oui CENT, pages!, et continue à baptiser ses productions du nom de roman, allant jusqu'au mot « Thriller » pour sa dernière livraison, mais attention, un thriller possédant, outre le suspense nécessaire au genre, une dimension humoristique et romantique, bref, un fourre-tout.
Le découragement devant les refus d'éditeurs qui ont autre chose à faire que perdre du temps à lire des sornettes, refus qu'il attribue successivement au copinage, au manque de sérieux des maisons d'éditions, où les manuscrits sont soi-disant lus par des stagiaires sous-payées et terrorisées, incapables dans ces conditions de détecter le vrai talent qui se cache au coeur des pages qu'il leur adresse; refus qu'il attribue ensuite à sa condition de provincial (comme si la littérature française ne recrutait exclusivement qu'à Saint Germain des Prés), à son âge, à son poids, à sa taille, etc. Navrant... Ce découragement, disons-nous, aurait, aux dernières nouvelles, tari sa créativité, mais pas son appétit commercial, ni son désir de gloire.
Eh bien, maintenant, à vous de payer pour voir, comme on dit au poker!
Puisque aucun ouvrage de Jacques Coltelloni ne figure dans les rayons d'une librairie, que vous ne pouvez donc les feuilleter pour vous faire une idée et qui sait, en acheter un exemplaire, acte surréaliste compréhensible uniquement si vous voulez l'offrir à votre belle-mère, ou bien le renvoyer au domicile de l'auteur souligné, annoté, illustré et parfumé de déjections canines, vous n'avez qu'à en consulter ici même la substantifique moëlle, avant de le télécharger pour une somme fort modique (1 Euro, c'est dire).